Tour d’horizon de la mémoire traumatique

Lorsqu’une personne est victime de violences physiques ou mentales, la mémoire traumatique se met en place. Encore peu connue, elle explique pourtant le comportement souvent incompris des victimes face à ces violences. Ce tour d’horizon de la mémoire traumatique vous permettra d’avoir une meilleure compréhension du phénomène, de manière générale.

Fonctionnement de la mémoire traumatique

Fonctionnement de la mémoire sans traumatisme

  1. Lorsqu’un événement a lieu, l’amygdale sécrète des hormones et vous permet de ressentir des émotions.
  2. Le cortex préfrontal, la partie pensante du cerveau, permet d’analyser l’émotion et prendre des décisions.
  3. L’hippocampe va ensuite permettre de mémoriser l’événement : associer ce que le cortex préfrontal a analysé, avec l’émotion qui convient.

Première réaction face à la violence : la sidération

  1. L’amygdale sécrète des hormones de stress de manière intense, la victime ressent alors une peur viscérale.
  2. Le cortex préfrontal se retrouve bloqué : la victime ne peut plus penser correctement et donc prendre une décision. Ainsi, l’agresseur en profitera souvent pour faire passer cela pour du consentement.
  3. L’hippocampe lui aussi se retrouve bloqué. C’est pour cette raison que la personne aura souvent du mal à se souvenir de l’événement, parfois jusqu’à l’omettre complètement.

Cet état intense de stress ne peut pas durer, car il est dangereux pour l’organisme. En effet, les hormones délivrées par l’amygdale sont dangereuses pour les organes vitaux et peuvent, par exemple, provoquer un arrêt cardiaque. Pour protéger la victime, et l’éloigner de cette émotion, le cerveau met en place la dissociation.

Dissociation

Pour vous protéger, le cerveau met en place la dissociation. Dans cet état, le mental se sépare des émotions. Concrètement :

  1. L’amygdale fonctionne toujours, mais le cerveau l’isole pour pouvoir de nouveau penser. Elle ne sécrète alors plus d’hormones de stress, et la personne ne ressent pas d’émotions.
  2. Le cortex préfrontal, partie pensante, peut de nouveau fonctionner. La personne peut de nouveau prendre des décisions, mais sans émotion, elle ne voit plus le danger que représente son agresseur. Elle entrera dans un cercle vicieux, car dès qu’elle sera près de lui, la dissociation aura lieu.
  3. L’hippocampe fonctionne, mais au ralenti, les événements marquants restent alors bloqués dans l’amygdale.

Une personne en état dissociatif a souvent l’impression de rêver ou que la situation n’est pas réelle. Elle peut aussi paraître très froide, car elle ne ressent plus d’émotions. Cet état peut perdurer pendant très longtemps, mais n’est pas sans conséquence et va impacter le cerveau de manière durable.

La mémoire traumatique lorsque les violences cessent

Sur le long terme, la victime va vivre ce que l’on appelle des reviviscences. Normalement, lorsque l’on se remet en mémoire un souvenir douloureux, on ne revit pas la douleur. Dans le cas de la mémoire traumatique, l’hippocampe n’a pas fait un bon travail de mémorisation et le souvenir est bloqué dans l’amygdale. Le moindre événement rappelant l’agresseur causera des flashbacks, qui sont en réalité le souvenir coincé dans l’amygdale. La douleur physique et émotionnelle ressentie dans le passé, mais ignorée, paraîtra alors bien réelle. La sensation de grand danger et de mort imminente sera présente, sans que la personne puisse se repérer dans le temps ou l’espace.

La mémoire traumatique et ses conséquences

Qui est concerné ?

Les personnes qui vont être touchées par des violences sont souvent sous l’emprise d’une relation de domination/soumission. La société favorise cela de par la relation homme/femme, personne valide/personne handicapée et enfin en première ligne, la relation parent/enfant. Ces derniers sont les plus touchés et ce sont aussi ceux sur lesquels les conséquences seront les plus désastreuses.

Impacts sur la santé

Un plus haut risque d’avoir des maladies cardiaques, d’attraper un cancer, de développer un diabète ou des maladies chroniques est présent. Les violences subies ont un impact réel sur la santé physique d’une personne comme le montre l’étude publiée dans l’American Journal of Preventive Medicine, par Vincent J. Felitti, Robert F. Anda.

Santé mentale

Les impacts sur la santé mentale sont nombreux : les personnes ayant subi des violences ont plus de chances de souffrir de dépression et de stress post-traumatique. Mais ça ne s’arrête pas là, puisqu’elles auront aussi plus de chances de souffrir de troubles comportementaux, émotionnels, et relationnels.

Fonctions cognitives

La maltraitance affecte les fonctions cognitives. Les enfants maltraités peuvent alors avoir un retard de développement et un QI faible. De ce fait, 33 % auraient donc un retard d’apprentissage, encore selon l’étude publiée dans l’American Journal of Preventive Medicine, par Vincent J. Felitti, Robert F. Anda. Il n’est donc pas étonnant d’observer aussi plus fréquemment un retard scolaire chez les enfants subissant de la maltraitance, comme l’a démontré l’étude de Mills R. publiée en 2011.

Impacts sur les relations futures

Outre des relations instables et difficiles, les personnes ayant subi de la violence sont plus à même de la perpétuer. Il ne sera pas rare de voir un parent, maltraité dans son enfance, maltraiter à son tour son enfant. Les cris de son enfant feront de nouveau intervenir la mémoire traumatique. Le parent dissocié ne ressent plus d’émotion, et peut donc être très violent sans réaliser la gravité de son acte.

Elle sera aussi justifiée parce que le parent a retenu, enfant, que c’était lui qui était responsable de la violence subie. Il place donc à son tour son propre enfant, comme responsable de la violence qu’il lui fait subir. Il banalise sa violence, parce qu’elle était banale dans son enfance.

Soins

Consulter un thérapeute permet de transformer la mémoire traumatique en mémoire autobiographique, c’est-à-dire la mémoire normale. Le patient, en mettant des mots sur ses émotions et son vécu, libère les souvenirs coincés dans l’amygdale. Le thérapeute joue alors le rôle de la partie pensante, pour guider la personne. Enfin, l’hippocampe de la victime peut jouer son rôle et mémoriser les événements ainsi que les émotions ressenties comme appartenant au passé.

Sources :

https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/21135010/#

https://www.ajpmonline.org/article/S0749-3797(98)00017-8/fulltext#secd13048814e2623