Quand le traumatisme crânien peut être la cause d’incontinence

L’incontinence urinaire constitue un symptôme et non une maladie. Dans le cas de l’incontinence neurogène, une lésion neurologique, comme un traumatisme crânien, peut être la cause sous-jacente. Dans cet article, nous vous permettons de comprendre quel est le lien entre traumatisme crânien et incontinence neurogène.

Qu’est-ce que l’incontinence neurogène ?

L’incontinence neurogène est un type d’incontinence urinaire. Il s’agit donc d’un symptôme caractérisé par une fuite involontaire d’urine dont la quantité peut être variable. Ce type d’incontinence a pour cause un problème au niveau neurologique. L’incontinence neurogène peut donc être provoquée par les maladies dégénératives, un AVC, ou encore un traumatisme crânien.

Traumatismes crâniens : conséquences sur la fonction urinaire

Les traumatismes crâniens engendrent des lésions nerveuses pouvant amener à deux types de troubles causant l’incontinence urinaire.

D’un côté, les traumatismes crâniens peuvent provoquer une hyperactivité vésicale, c’est le cas le plus fréquent provoquant l’incontinence neurogène chez ces patients. Dans ce cas, la lésion nerveuse est intervenue sur le nerf inhibiteur du muscle de la vessie. Ainsi, l’altération nerveuse provoque une désinhibition de ce muscle, nommé détrusor.

En conséquence, ce muscle se contracte de manière involontaire alors qu’il devrait pouvoir s’étendre pour recueillir l’urine. On dit alors que la vessie est désinhibée. Une étude réalisée sur 24 patients ayant subi un traumatisme crânien a trouvé que 62 % souffraient d’une vessie hyperactive.

À l’inverse, certains patients ayant subi un traumatisme crânien peuvent souffrir d’une hypoactivité vésicale. Dans ce cas, l’urine est retenue dans la vessie jusqu’à ce que la vessie soit trop pleine. Ainsi, la fuite d’urine apparaît parce que la vessie déborde. Une étude a montré cette conséquence du traumatisme crânien. En effet, sur 86 patients ayant subi un traumatisme crânien, 8 souffraient de rétention urinaire.

Après un traumatisme crânien, quels sont les signes d’une incontinence neurogène ?

Un traumatisme crânien n’est pas anodin. Ce serait la première cause de mortalité et d’apparition d’un handicap avant 45 ans. Une des conséquences possibles du traumatisme crânien est alors l’incontinence neurogène.

En effet, environ 52,6 % des personnes ayant subi un traumatisme crânien grave souffrent par la suite d’incontinence neurogène, selon une étude réalisée en 2013. Plusieurs signes permettent de mettre ce traumatisme en cause dans l’incontinence neurogène et de la différencier des autres types d’incontinence urinaire.

Une incontinence urinaire arrivée subitement

Alors qu’une incontinence classique s’installe généralement au fil du temps, une incontinence neurogène arrive subitement. Ce qui peut d’ailleurs être le premier symptôme dans le diagnostic des maladies dégénératives. Dans le cas d’un traumatisme crânien, le symptôme apparaîtra après l’incident ayant causé la lésion neurologique.

Une addition d’autres troubles

Une incontinence neurogène va souvent être liée à des troubles anorectaux et génito-sexuels, car tout cela est géré par une même région nerveuse.

Ainsi, il est fréquent que l’incontinence neurogène soit accompagnée de troubles de l’érection, de difficultés à avoir un orgasme, ou à l’inverse d’hypersexualité. Au niveau des troubles rectaux, une constipation ou à l’inverse une incontinence fécale peut apparaître.

Une incontinence par impériosité.

Même si ce n’est pas toujours le cas, l’incontinence neurogène associe souvent des symptômes de l’incontinence par impériosité. Il s’agit alors d’une envie urgente d’uriner qui ne peut être contenue.

Perte de la sensation d’uriner

Puisque le patient souffre de lésions neurologiques, il peut arriver qu’il ressente moins, voire plus du tout, le passage de l’urine dans le conduit urétral. Une telle perte de sensation est particulièrement révélatrice d’une incontinence neurogène.

Alternance entre incontinence et rétention

Une alternance en incontinence urinaire et rétention peut être observée dans le cas d’une incontinence neurologique. Les influx nerveux pouvant être bloqués, la personne peut passer de la rétention à l’incontinence, ce qui rend le traitement d’autant plus difficile.

Diagnostic de l’incontinence neurogène

Pour poser le diagnostic, le médecin doit d’abord effectuer un interrogatoire et éventuellement mettre en place un calendrier mictionnel. Pour pouvoir confirmer que l’incontinence est neurogène, le mieux est de passer un bilan urodynamique (BUD). Enfin, et surtout en cas de rétention urinaire, il peut faire passer une échographie des voies urinaires et évaluer le résidu après miction.

Traitements de l’incontinence neurogène chez les patients souffrant d’un traumatisme crânien

Une fois le diagnostic posé, plusieurs options vont s’offrir au patient en fonction de la raison de son incontinence et de sa gravité. Certains patients devront être pris en charge tout au long de leur vie et d’autres verront une régression plus ou moins grande des symptômes.

Cas d’une hyperactivité vésicale

Si le patient présente une hyperactivité vésicale, il est possible de lui prescrire des anticholinergiques. Ces médicaments permettent d’inhiber le muscle de la vessie. De cette façon, le détrusor peut à nouveau s’étendre et accueillir l’urine.

En cas d’échec, on peut recourir à une rééducation périnéo-sphinctérienne ou à une opération chirurgicale. On peut, par exemple, utiliser de la toxine botulique pour inhiber le muscle de la vessie. Mais cela va alors créer une rétention d’urine et il faudra probablement sonder le patient.

Cas d’une hypoactivité vésicale

Dans le cas de l’hypoactivité vésicale, le traitement privilégié est généralement l’autosondage, qui permet de soulager le patient de la manière la plus efficace.

Aujourd’hui, les sondes sont autolubrifiées et à faible friction, ce qui améliore le confort, mais permet aussi de diminuer les complications liées au sondage (infections urinaires, etc.).

Conclusion

La conséquence des traumatismes crâniens sur le confort urinaire est bien souvent mal connue. Par gêne et par peur, certains patients gardent le silence, et ce malgré les signes révélateurs. Pourtant, des solutions existent et permettent d’améliorer nettement la qualité de vie. Alors, n’hésitez pas et parlez-en, vous pourrez ainsi trouver des solutions avec votre médecin traitant ou un médecin spécialisé.

Sources

https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/23942583/

https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/12745703/

https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S1877065718306092